Le vendredi soir, c'est toujours une longue soirée, une soirée interminable je dirais même. Il arrive à 00:09 mais je sais son train en retard d'un quart d'heure au moins. Je tourne en rond comme un lion dans sa cage. L'excitation est au comble, j'ai pleins de choses à faire, il faut que je range, que je me prépare, que je travaille mon devoir sur table de demain matin, mais je n'arrive à me concentrer sur rien. Alors, je me contente de mettre de la musique, de danser et de chanter faux, ça me donne du tonus. Ce dont je n'ai pas particulièrement besoin. Je compte les heures, les demi-heures, les quarts d'heures et les minutes. Je ne tiens pas en place. Enfin, je mets mon manteau, mon écharpe, mon bonnet, je prends mon sac et je m'en vais. Il y a plus de gens que je ne pensais dans la rue. Il fait froid, je m'engouffre dans le métro avec hâte. Le quai semble désert, mais le métro arrive, je m'y assied et calmement, j'attends qu'il parte. Les stations se succèdent, puis c'est le changement à nation, je ne suis pas habituée à ce manteau, j'ai l'impression qu'on ne me voit que moi, toute en rouge. Mon manuel de vocabulaire d'anglais sur les genoux, je ne l'ouvre pas, je scrute le paysage, les immeubles qui se succèdent, les voitures, les gens qui marchent dans la vie, par deux, trois, parfois plus, parfois seul. J'arrive à la gare de bonne heure, j'attends quelques minutes à peine, assise en face du petit écran et la voie s'affiche. J'y vais directement en me moquant intérieurement du gilet turquoise d'un garçon qui n'a vraisemblablement aucun goût. Arrivée sur le quai, je marche quelques minutes, puis je m'arrête au hasard. Le quai au départ vide, se remplit petit à petit, et nous attendons tous. Je regarde au loin et lorsque je vois les deux phares du train qui émergent de l'obscurité c'est toujours avec le sourire. Le train approche, je n'avance pas, ou un petit peu au fur et à mesure que les voitures défilent. Je suis en face de la voiture 15, et j'attends. Bientôt il descend, il a été chez le coiffeur, ça me fait un plaisir fou de la retrouver. Il me semble même que cela fait longtemps que je n'avais pas été si heureuse de le retrouver. Bientôt, nous sommes de nouveau dans le métro, on se dirige vers chez moi, les rues cette fois-ci sont bien plus désertes. On arrive et on s'installe, j'aime bien quand il est chez moi. Il a fait développé des photos de nous, de notre voyage aux Etats Unis, et ça me fait plaisir. Vraiment très plaisir. J'aimerai bien acheter un panneau en bois avec des aimants, pour pouvoir les y accrocher. Qu'il y ait nos sourires, là, qui m'entourent en toutes circonstances. On s'est endormie tard et le lendemain matin à 6:30, le réveil fût difficile. J'ai pris un petit déjeuné, une douche et je suis retournée bien au chaud sous la couette. Il y fait bon, vraiment bon. Lorsque j'ai ouvert les yeux, il était tout juste l'heure de partir. Je me souviens avoir jeter un dernier regard derrière moi et avoir vus son visage endormi, je me suis alors demandée si il fallait vraiment que j'aille au lycée, si il n'était pas préférable de dormir, puis j'ai tranché me disant que ce n'était pas raisonnable et que j'aurais bien le temps de me reposer plus tard. Dehors, il pleuvait et j'avais d'ores et déjà la sensation de lutter contre le sommeil. Dans le métro, je craignais de m'endormir, mais le pire ce fût dans le couloir devant ma salle de classe, je me répétais en boucle que j'allais rester cinq heures, cinq heures à travailler, écrire, réfléchir, ce qui me semblait alors chose insurmontable. Lorsque la professeur nous a distribué le sujet, je n'ai eu aucune réaction, il fallait juste que j'en finisse au plus vite. J'ai lu en boucle, luttant contre le sommeil parallèlement, ce qui ne fût pas mince affaire. J'ai finis de bonne heure, pris le temps de me relire, puis lorsque quelques uns ont commencé à déposer leur copie sur le bureau, je les ai suivi de près. J'ai descendu les escaliers quatre à quatre, et j'ai sauté dans le premier métro après avoir échangé quelques mots avec Camille. J'ai marché rapidement jusqu'à chez moi, relisant les messages de la boîte de réception de mon portable, puis je suis entrée. Il était là, allongé dans mon canapé, blotti sous la couette, devant la télévision. Il a fait cette mine, tu sais comme quand tu prends un enfant en faute. Et moi, ça m'a fait sourire. Alors on s'est câliné, puis il a pris sa douche, il a rangé ses quelques affaires alors que j'ai préparé les miennes, puis nous sommes partis pour Raspail. On a posé nos sacs, puis nous sommes allés manger des sandwichs chez Pomme de Pain, juste avant de rejoindre Maximilien au cinéma de Châtelet. Nous sommes allés voir Saw VI, alors que la première scène m'a littéralement effrayé, je voyais le sourire de Thomas - un peu effrayant somme toute - puis nous sommes partis chacun de notre côté. On a regardé un épisode de Dexter, entre amoureux avant de partir direction Anthony. Nous sommes arrivés à l'heure, et nous avons pris des pâtisseries et du pain chez le pâtissier, qui nous a fait la présentation très précises des pâtisseries, ce qui m'a fait sourire intérieurement. Une fois arrivés chez Adrian, nous nous sommes mis à table, nous avons mangé des pommes de terre et des steaks hachés, c'était très bon. Après quoi, nous avons regardé le match, profitant de la mi-temps pour attaquer les desserts, le mien était particulièrement bon. J'étais contente que la France gagne, même si je préfère amplement regarder les matchs de coupe du monde plutôt que les matchs de barrage. La mère d'Adrian et son copain sont arrivés et nous sommes partis. Adrian nous a déposé, ce qui était gentil. Puis, j'ai fais son petit massage à Thomas. Je me suis endormie comme une loutre, je me sens parfaitement bien avec Thomas, vraiment, j'aime bien sentir sa présence, son odeur, ça a quelque chose de rassurant, de protecteur, je ne sais pas bien comment l'expliquer. Le lendemain matin, je me suis réveillée après un rêve qui n'avait ni queue ni tête, mais maintenant je ne m'en souviens absolument pas. On est resté quelques temps au lit, à ne rien faire, j'ai regardé la télévision pendant qu'il prenait sa douche, puis ce fût mon tour. Nous sommes allés cours Saint Emilion, en premier lieu on a pris les places puis nous avons été mangé à l'Hippopotamus, j'ai pris une salade de chèvre chaud avec du carpaccio, c'était très bon, un peu copieux. Thomas a pris comme d'habitude un poulet à la Nouvelle Orléans. Puis, nous sommes allés au cinéma, voir Away we go. Le film m'a plu, j'étais contente, j'aimais bien l'atmosphère qu'il se dégageait du film. Ensuite, on a été faire un petit tour Côté Maison, constatant que la canapé de nos rêves n'était plus là, puis un petit tour à l'animalerie, il y avait des petits chiots très mignons et des petits chats aussi, Thomas a fait le gaga - comme d'habitude. Il y avait beaucoup de monde, après cela nous sommes rentrés à Raspail. On s'est câliné comme des amoureux, puis on a préparé doucement nos affaires. A la gare Montparnasse, Thomas a flanché pour deux cookies, je pense qu'ils faisaient un clin d'½il à son ventre. On s'est avancé sur le quai, Thomas a posé ses affaires à sa place, puis il est descendu, me serrer une dernière fois dans ses bras, me faire un dernier bisou. Je le déteste ce moment là, et je l'aime à la fois. Je voudrais que ce moment dure toujours, rester dans ses bras, là, bloqué face à ce train qui doit partir. Et à la fois, je voudrais que ce moment n'ait jamais lieu, je voudrais qu'il reste, qu'on accompagne d'autres gens à la gare, qu'on rentre chez nous. Je voudrais rentrer tous les soirs, pressée, heureuse, parce que sachant qu'il est là, qu'il est là quoi qu'il arrive. Parfois il m'arrive de penser, que chaque fois qu'il s'en va, c'est peut être la dernière fois que je le vois. C'est comme ça avec Thomas, tout peut aller bien, et puis du jour au lendemain, il se renferme, il me fait mal au coeur quand il est comme ça. Il se met à m'aimer pour toujours, puis il m'aime un peu, puis il ne sait plus. Il m'arrive de penser qu'un petit peu de stabilité ça ne ferait pas de mal, et que je n'aurai jamais ça avec Thomas. Mais, aujourd'hui, je me dis qu'avec le temps, qu'avec le temps il se rendra compte combien ce que l'on a est précieux, rare, combien il faut en prendre soin, et combien parfois, il faut se taire au lieu de dire des bêtises, car tout ce qui est dit même sous le coup de l'énervement, touche toujours néanmoins et pas toujours là où ça fait du bien. Je suis rentrée dans le métro, à un moment en regardant une publicité avec un carte de France dessus, j'ai eu envie de pleurer, de pleurer à chaudes larmes, de pleurer dans retenue, lourdement, bruyamment, et puis j'ai respiré profondément. J'ai regardé les gens, je me suis dis que j'avais l'amour, que j'avais ça, qu'ils ne l'avaient peut être pas eux, qu'ils ne l'auraient peut être jamais, mais que j'avais 18 ans, et que je l'avais trouvé le trésor qu'on cherche parfois toute une vie. Alors je me suis dis qu'importe, qu'importe qu'il faille attendre plus d'un mois, ce que j'attends à un nom, je sais qu'il arrivera, ce qu'ils attendent eux est peut être déjà perdu, ou simplement peut être pas prévu pour eux. Je suis rentrée chez moi, je me suis allongée dans mon lit avec mon frère, je lui ai raconté que vendredi tu étais là, que tu étais couché du côté du fer à repasser, alors il a sourit, il m'a demandé de lui raconter mon week end, alors j'ai raconté notre week end, le sourire aux lèvres, le coeur battant, comme après un week end parfait, un week end en amoureux. Il m'a dit que tu étais méchant parfois, et je lui ai murmuré que ma gentillesse vaincrait ta méchanceté des mauvais jours, alors on a rit, sans trop savoir pourquoi. Souvent les week end parfait font place à des moments parfaits comme celui-là. Je t'aime, je t'aime tellement. Mais il ne faut jamais considérer quelque chose comme acquis, sinon on devient gris, noir, progressivement et très rapidement à chier. Je t'aime pour toujours.